dimanche 13 novembre 2016

Lindros : au-delà des controverses

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Eric Lindros
Eric Lindros (Source d'image:PC)

TORONTO – Malgré quelques livres en trop et des tempes grisonnantes, Eric Lindros est encore intimidant. À 43 ans, on l’imagine facilement sur une patinoire fonçant comme il le faisait avec une puissance et une agilité qui lui a permis de dominer le hockey en force et en finesse dès son tout jeune âge jusqu’à l’époque du « Legion of Doom », le trio le plus intimidant de la LNH à l’époque où Lindros, John LeClair et Mikael Renberg faisaient trembler leurs adversaires. Et pas seulement les gardiens...
De fait, Lindros joue encore au hockey. Deux fois par semaine. Il chausse les patins avec des amis et des anciens de la LNH tous les jeudis matins à l’aréna North Toronto. L’aréna où tout a commencé pour lui et son frère Brett qui y jouaient dans le hockey mineur, mais aussi quelques fois par semaine avec leur père Carl qui louait la glace avant l’école pour donner quelques leçons à ses fils.
Aux yeux de Lindros, dans son cœur surtout, l’aréna North Toronto c’est l’essence même du hockey. C’est la maison à l’extérieur de la maison. « Rien n’a changé au fil des ans. Ce sont les mêmes gars qui aiguisaient mes patins quand j’étais petit qui les aiguisent encore aujourd’hui. Ce sont les mêmes gars qui conduisent la zamboni. Ces gars que l’on croise dans les arénas, l’odeur, le son des rondelles qui frappent les poteaux et de la glace qui craque sous les patins, le plaisir tout simple de jouer au hockey : c’est tout ça qui m’a toujours motivé à jouer au hockey et qui me motive encore à le faire. »

Parce que oui, Eric Lindros a toujours aimé jouer au hockey. Au-delà des controverses qui ont marqué sa carrière, son refus de joindre les rangs des Nordiques de Québec qui l’avaient repêché, son départ de Philadelphie au terme d’une guerre ouverte l’opposant au directeur général de l’époque Bobby Clarke qui contestait la validité des commotions cérébrales qui minaient son joueur vedette et même son accession à l’équipe canadienne avec qui il a disputé une coupe Canada alors qu’il était dans les rangs juniors, Eric Lindros a toujours été motivé par le plaisir de jouer au hockey.
« Je n’ai pas choisi la route la plus droite et le parcours le plus facile pour me rendre dans la LNH. Mais j’ai tout donné pour réussir. J’ai vécu de grandes joies que ce soit avec les Flyers ou dans l’uniforme du Canada en compétitions internationales. J’ai aussi encaissé de dures défaites et vécu d’amères déceptions. Mais sur la glace, j’ai toujours été habité par le plaisir tout simple de jouer au hockey », a plusieurs fois répété Lindros lors du long point de presse qu’il a accordé vendredi au Temple de la renommée.
Québec se souvient
Et la controverse? Ces controverses qui collent à la peau de Lindros comme une combinaison détrempée après avoir passé deux heures sur une patinoire?
Lindros les a également affrontées lors des entrevues qu’il a multipliées depuis l’annonce de son accession au Temple de la renommée.
« Je sais qu’il y a encore des gens qui m’en veulent à Québec et au Québec. Je trouve ça dommage, mais je ne peux rien y changer. Je n’ai jamais laissé cette histoire me hanter. J’ai marié une fille de Montréal (Kina Lamarche), mon fils Carl Pierre qui a deux ans parlera français tout comme les jumeaux (Ryan Paul et sa sœur Sophie Rose qui ont un an). Mon beau-père ne parle pas anglais. Je vais régulièrement à Montréal, j’ai des investissements au Québec et j’espère que mes enfants auront aussi un jour la chance d’aller jouer au tournoi de hockey pee-wee de Québec. Il est arrivé ce qui est arrivé. Le contexte était difficile. Autant sur l’aspect hockey alors que les Nordiques avaient des difficultés que sur le plan politique avec le référendum. Ces circonstances ont amplifié la controverse, mais comme je l’ai toujours dit, je ne suis pas allé à Québec à cause d’une personne et pour aucune autre raison », a expliqué Lindros sans jamais nommer l’ancien président de l’équipe Marcel Aubut qui était à couteaux tirés avec les parents du jeune surdoué : Carl et Bonnie Lindros.
Samedi après-midi, dans un grand hall rempli d’amateurs, dont une bonne trentaine avait fait le voyage de Philadelphie pour remercier et féliciter Lindros, un amateur de Québec s’est levé pour poser une question. Après s’être présenté : « Bonjour, mon nom est François. Je viens de Québec… l’amateur qui portait un t-shirt des Maple Leafs a dit : ne vous en faites pas M. Lindros, ma question est pour Rogatien Vachon. Mais je tiens à vous féliciter quand même... »
Retour émotif à Philadelphie
S’il n’a jamais eu l’occasion de faire la paix avec les amateurs de hockey de Québec – remarquez que les partisans des Nordiques devraient le remercier au fond, car la transaction conclue avec les Flyers après sa décision de tourner le dos à Québec est la transaction la plus gagnante de l’histoire de la LNH – Eric Lindros a pu renouer avec les fans de Philadelphie et l’organisation des Flyers en 2012 après un exil de 12 ans. Cet exil a suivi la saison ratée en 2000-2001 alors que les Flyers ont refusé d’échanger Lindros au Maple Leafs et que le « Big E » a décidé de déserter l’équipe. Finalement échangé aux Rangers, Lindros a pu compléter le deuxième volet de sa carrière, un deuxième volet nettement en deçà du premier en matière de résultats, en jouant à New York et Toronto (33 matchs) avant d’aller terminer sa carrière avec les Stars à Dallas.
Les retrouvailles Lindros-Fyers se sont déroulées dans le cadre de la classique hivernale opposant les Flyers aux Rangers. En fait, c’était lors du match des anciens. « Paul Homlgren m’avait soumis l’invitation et j’ai tout de suite accepté. J’ai vécu de très belles années à Philadelphie qui est la ville de hockey la plus canadienne des États-Unis. La ville américaine qui appuie le plus son club et ses joueurs. J’avais vraiment été touché par l’accueil qui m’avait été réservé », a témoigné Lindros.
Ce match d’anciens avait même ouvert la porte à un éventuel retour officiel de Lindros avec les Flyers. Malgré une retraite anticipée prise cinq ans plus tôt (à l’âge de 34 ans) en raison de ses ennuis de santé, Lindros avait impressionné Holmgren qui était alors le DG de l’équipe.
Holmgren avait contacté Lindros pour lui faire miroiter la possibilité d’un retour. « Il aurait été l’ajout dont nous avions besoin à la date limite des transactions », a confirmé Holmgrem après que Lindros eut levé le voile sur ce scénario vendredi.
« Paul est un maudit bon gars. Mais il devait être assis dans la dernière rangée des estrades populaires au stade des Phillies lors de ce match des anciens. Il fallait qu’il soit très loin de l’action pour croire une seconde que j’étais en mesure d’effectuer un retour », a raconté Lindros en riant.
SI ce projet de retour est mort avant de naître, Lindros endossera à nouveau l’uniforme des Flyers en février prochain, au Heinz Field, dans le cadre d’un match qui opposera des anciens des Flyers à des anciens des Penguins.
Quand les amateurs venus de Philadelphie lui ont demandé s’il avait passé l’éponge sur le conflit qui a miné son association avec les Flyers Lindros a répondu candidement que oui.
« Le temps passe et la vie est trop courte pour rester prisonnier des souvenirs malheureux. J’ai mis tout ça de côté rapidement. J’ai connu une belle carrière malgré les blessures. Le hockey est meilleur qu’il ne l’a jamais été. Je suis impressionné par la vitesse, par le talent, par la qualité des tirs des jeunes d’aujourd’hui. C’est phénoménal de voir à quel point le sport que j’aime toujours autant a évolué. Je passe régulièrement en voiture autour d’ici et depuis quelques mois, je vois ma photo sur les murs extérieurs. C’est emballant. Dans quelques années, je pourrai venir ici avec mes enfants et cela leur permettra d’en savoir plus sur la carrière de leur père. C’est probablement le plus bel honneur que cette intronisation m’apportera. »