vendredi 29 avril 2016

Cinq problèmes et autant de solutions pour relancer le Canadien la saison prochaine

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Andrei Markov et P.K. Subban
Andrei Markov et P.K. Subban (Source d'image:Getty)

Andrew Berkshire

Le Canadien fait présentement face à une tâche titanesque. Il reste deux saisons au contrat de Carey Price, celui-ci étant actuellement considérablement sous-payé. Ces deux années sont celles où le CH a les meilleures chances de remporter la Coupe Stanley. Après celles-ci, soit que Carey Price sera significativement mieux rénuméré alors qu’il sera plus vieux, soit qu’il choisira de poursuivre sa route sous d’autres cieux, aussi improbable que cette option puisse paraître.
Ainsi, la prochaine saison sera probablement l’une des deux plus importantes des dix prochaines années. La confiance à l’égard de la direction pour gérer cette situation s’est grandement ternie la saison dernière, car elle a gardé les bras croisés alors que l’équipe subissait le pire effondrement de l’histoire de la franchise.
Afin de déterminer comment il est possible de s’améliorer, il faut d’abord identifier les éléments qui sont allés de travers. Voici les cinq principales causes de l’effondrement du Canadien et cinq façons de s’améliorer pour la prochaine saison.
Les cinq principales causes de l’effondrement :
1) Les blessures – La principale cause de l’effondrement du CH est la plus évidente et la moins contrôlable. La perte de Carey Price a fait chuter le pourcentage d’arrêts du Canadien de .925 à .903, un résultat dévastateur. L’équipe aurait dû être en mesure de compenser ce résultat, même si Brendan Gallagher fut sur la touche lors du mois de décembre, mais éventuellement l’accumulation de blessures fut simplement trop importante.
Lorsque Jeff Petry a commencé à subir les conséquences d’une hernie sportive en décembre, il était déjà probablement trop tard pour sauver la saison sans avoir à sacrifier le futur de l’équipe ou changer drastiquement le système de jeu. La cascade de blessures survenue en 2016 est souvent soulevée, mais ce sont les premières blessures qui ont fait le plus de dommages.
2) Le manque d’ajustement – Pour une raison quelconque, le personnel d’entraîneurs du Canadien a eu le sentiment que l’équipe pouvait continuer de jouer de la même façon avec la recrue Mike Condon comme gardien partant que lorsque Price était devant le filet. Cela résulta, bien évidemment, en un désastre. Contrairement à la croyance populaire, le Canadien ne pratique pas un excellent système défensif. Celui-ci est très poreux et il l’a toujours été depuis l’arrivée de Michel Therrien, mais cela n’a que bien peu d’incidence avec Price devant le filet. Cependant, Mike Condon n’est pas Price.
La réticence à changer de stratégie pour enlever de la pression des épaules de Condon fut un élément déterminant. La réalité est qu’il n’est pas possible de diriger l’équipe que l’on aimerait avoir dans la LNH, il faut diriger les éléments que l’on a entre ses mains. Si le Canadien avait adopté une approche similaire à celle des Ducks d’Anaheim, alors que ces derniers ne parvenaient pas à marquer et qu’ils ont commencé à jouer la trappe de façon très structurée, la saison aurait pu finir de manière très différente.
3) Ne pas faire confiance aux joueurs offensifs – Therrien est souvent critiqué pour ne pas faire confiance aux jeunes joueurs, mais cela n’est pas toujours justifié. Il est cependant vrai qu’il ne fait pas confiance aux joueurs dont le jeu s’axe sur l’attaque, et avec l’équipe qui peinait à marquer, il fut difficile de remporter des parties. Therrien a insisté sur le fait que Galchenyuk n’était pas encore prêt à assumer un rôle plus important en début de saison, mais il se classait au 17e rang de la LNH pour les chances de marquer générées proportionnellement à son temps de jeu en date du 14 janvier, soit lorsqu’il fut placé au centre.
Galchenyuk est un exemple parmi tant d’autres, alors que Therrien a préféré placer Paul Byron sur l’un des deux premiers trios au détriment de joueurs ayant de meilleures habiletés offensives comme Sven Andrighetto ou Daniel Carr, n’oubliant pas que Charles Hudon est demeuré à St-John alors qu’il a marqué 28 buts cette saison pendant que Jacob de la Rose était avec le grand club.
C’est le même genre de raisonnement qui a mené la Canadien à se défaire d’Alex Semin, maintenant champion de la Coupe Gagarine dans la KHL. Semin n’était d’aucune façon un sauveur pour le Canadien, plusieurs aspects de son jeu méritant d’être critiqués, mais il a pourtant produit des points à égalité numérique au même rythme que David Desharnais. Sa perte a forcé des joueurs moins talentueux à assumer des rôles plus importants dans l’alignement. Cet effet s’est fait ressentir dans tout l’alignement et a engendré plusieurs faiblesses.
4) Les sorties de zone – La principale raison pour laquelle le Canadien a connu des ennuis dans sa zone défensive est assez simple, sans être imputable au talent de l’équipe. Lors des deux dernières saisons, aucune autre équipe n’a tenté de dégager la rondelle depuis son territoire défensif plus souvent que le Canadien. Cela a mené a un grands nombre de revirements le long des rampes et a permis à l’adversaire de passer plus de temps en zone offensive avec le disque après qu’il eut repris possession de la rondelle en zone neutre.
Il peut s’agir d’un outil utile en cas de situation d’urgence. Cependant, une équipe qui aligne autant de défendeurs habiles en possession du disque que le Canadien ne devrait pas être en tête de la ligue pour les dégagements effectués depuis son territoire défensif. Elle devrait plutôt effectuer des jeux générant de l’attaque depuis son territoire défensif. C’est sûrement le changement plus important que le Canadien peut effectuer à son système de jeu avant d’entamer la prochaine saison.
La provenance des lancers décochés par P.K. Subban
(Source: SportlogIQ)
5) L’avantage numérique – Le Canadien a confié cette responsabilité à tous ses assistants-entraîneurs, à l’exception de Stéphane Waite, et les résultats furent toujous les mêmes: médiocres. Maintenant, il semble que le Tricolore va devoir regarder à l’extérieur de son organisation pour rehausser ses stratégies au sujet de l’avantage numérique. Toutefois, le problème semble d’abord être que le CH ne sait même pas ce qui ne va pas sur l’attaque à cinq.

En entrevue avec Phillippe Cantin, Therrien a attribué le blâme pour les difficultés de l’avantage numérique sur le manque de chimie et de maturité. Cela ne fait aucun sens pour une équipe qui est essentiellement la même depuis plusieurs années. Le Canadien semble avoir de la difficulté à exploiter les forces de ses joueurs sur l’avantage numérique, l’exemple le plus frappant étant que P.K. Subban est positionné sur le mauvais flanc.
Il y a d’autres raisons expliquant l’effondrement de l’équipe, le manque de talent offensif sera souvent mentionné. Mais ce sont les cinq plus importantes. Que peut faire le Canadien pour redevenir un prétendant aux grands honneurs dès l’an prochain?
Cinq solutions pour le Canadien :
1) Avoir plus de prodonfeur offensivement/faire confiance aux joueurs offensifs – À la fin de la saison, Marc Bergevin a mentionné qu’une manière de compenser le fait de ne pas pouvoir compter sur un grand nombre de marqueurs était de répartir de façon plus équlibrée la production offensive sur les diverses lignes. Il a raison. Malheureusement, le Canadien a collectionné les joueurs de quatrième trio ces dernières années.
Heureusement pour le Canadien, il y a beaucoup de marqueurs qui seront disponibles cet été. Peu importe qu’il souhaite frapper un grand coup avec un joueur comme Steven Stamkos ou Kyle Okposo, ou qu’il soit à la recherche d’un marqueur n’ayant pas peur de se salir le nez comme Andrew Ladd ou Troy Brouwer, l’opportunité sera là.
Le Canadien peut également compter sur des jeunes talenteux qui sont prêts à faire le saut dans la grande ligue en Hudon, Andrighetto et Carr, alors que l’étoile de Frolunda Artturi Lehkonen pourrait rendre les choses encore plus intéressantes. Cependant, pour améliorer sa profondeur, le Canadien devra se départir de plusieurs avants moins talentueux et il devra être prêt à ce que ces jeunes joueurs commettent des erreurs pour mieux apprendre de celles-ci.
2) Embaucher un spécialiste de l’avantage numérique – Le Canadien a tout essayé à l’interne pour faire fonctionner l’avantage numérique. Lors des trois dernières années, il s’est classé au 28e rang de la LNH avec un faible taux de succès de 16.6% en saison régulière. En séries éliminatoires, c’est encore pire: il a un taux de succès de seulement 14.4% sur l’avantage numérique. La saison dernière, l’équipe a engagé un conseiller à temps partiel en Craig Ramsay, mais cela n’a pas porté fruit. Quelqu’un doit s’occuper de l’avantage numérique à temps plein, une personne qui a historiquement eu du succès dans cette facette du jeu. Guy Boucher serait un excellent choix si lui et Therrien sont en mesure de travailler ensemble.
Le Canadien s’est seulement classé au 27e rang pour les chances de marquer générées par minute sur l’avantage numérique en 2015-16, un résultat qui n’est clairement pas satisfaisant.
3) Être malléable – Il y aura des blessures. Personne ne pouvait prédire que Price glisserait sur une rondelle à Edmonton et qu’il manquerait la quasi totalité du calendrier. Ainsi, les critiques a posteriori voulant que le CH n’ait pas eu un meilleur gardien substitut au début de la saison n’ont pas leur raison d’être, mais le personnel d’entraîneurs et la direction doivent être prêts à changer leurs plans et stratégies si, et quand il y aura des blessures.
4) Améliorer l'efficacité des sorties de zone – Le principal changement de stratégie entre 2015-16 et 2016-17 se doit d’être que les défenseurs, plus spécifiquement P.K. Subban, devront être encouragés à garder possession du disque dans leur territoire défensif. L’un des principaux changements que le personnel d’entraîneurs a apporté au jeu de Subban est qu’il se défait plus souvent de la rondelle le long des rampes. Les trois saisons avant celle-ci, le taux de dégagements de Subban depuis son territoire défensif était très stable: entre 12 et 16% de ses sorties de zones étaient des dégagements. Cette saison, ce chiffre a grimpé à 26.9%.
Les résultats sont sans équivoque. Subban accordait 7.3 tentatives de tir en moins à l’adversaire que la moyenne de l’équipe pour chaque 60 minutes passées sur la patinoire en 2012-13, année où il remporté le Norris. Ce chiffre est passé à 4.58 en 2013-14, puis à 4.94 en 2014-15. Cette saison, le Canadien a accordé seulement 1.89 tentative de tir en moins pour chaque 60 minutes de jeu lorsque Subban était sur la glace plutôt que sur le banc. L’impact défensif de Subban était aussi parmi le top-30 de la LNH, maintenant il est sous la moyenne de la ligue.
5) Ne pas paniquer – Ceci peut sembler être une bonne excuse, mais la réalité est que la plupart des raisons expliquant l’effondrement du Canadien la saison dernière étaient incontrôlables (blessures), ou encore il s’agit de petits détail qu’il suffit d’ajuster. Essentiellement, le Canadien demeure une très bonne équipe, surtout s’il est en santé, mais tout ce qui pouvait aller de travers la saison passée est allé de travers. La dernières chose que le CH doit faire c’est briser un groupe de joueurs talentueux.