Leçon de hockey, leçon de fierté

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« Personne n’est dans la bonne chaise »

FRANÇOIS GAGNON
LUNDI, 21 MARS 2016. 01:02

MONTRÉAL - C’est vrai que le Canadien est éliminé des séries depuis un bout de temps. C’est vrai aussi qu’il est décimé par les blessures.

Mais le Canadien ne croisait pas un club qui peut prétendre aux grands honneurs dimanche soir au Centre Bell. Loin de là. De fait, les Flames de Calgary, en dépit de la leçon de hockey qu’ils ont servi au Canadien dans leur victoire sans appel de 4-1 ont quatre points de moins au classement que le Canadien. Ils sont même plus loin du huitième rang dans l’Ouest que ne l’est le Tricolore dans l’Est.

Pour battre le Canadien avec une facilité déconcertante, les Flames se sont fiés aux Sean Monahan, Dougie Hamilton, Joe Colborne et Johnny qui ont éclipsé des Max Pacioretty, Alex Galchenyuk, Tomas Plekanec qui sont pourtant eux en parfaite santé.

OK! Ils ont sans doute le moral dans les talons, mais ils demeurent les meilleurs éléments du Canadien à l’attaque. Ils ont fait quoi ces meilleurs éléments du Canadien contre les Flames dimanche et les Sénateurs d’Ottawa samedi?

Rien! Rien de bon. Non seulement ont-ils été blanchis samedi par l’équipe qui occupe le 27e rang en défensive dans la LNH, mais ils ont été tout aussi inertes contre les Flames qui sont pourtant bons derniers en défensive dans la LNH.

De fait, la seule statistique qu’on peut, et qu’on doit, accoler à leur nom est le différentiel de moins-6 que partagent Pacioretty et Galchenyuk et le moins-2 de Plekanec.

Michel Therrien peut bien protéger les jeunes joueurs de son organisation et ses joueurs de soutien en soutenant qu’ils occupent des sièges beaucoup trop grands pour eux en raison des blessures.

Ce qui est tout à fait exact.

Mais si l’entraîneur-chef du Canadien ne peut croire une seconde que les partisans acceptent cette version des faits pour des vétérans qui devraient justement servir de guide aux jeunes venus en relèves au lieu de donner un si mauvais exemple.

Respecter la philosophie de l’équipe

C’est là que la fierté entre en ligne de compte. C’est là que les Flames de Calgary, pas vraiment meilleurs que le Canadien devant le filet et à la ligne bleue, ont offert une leçon de fierté au Tricolore dimanche soir.

« On n’a pas connu une saison à la hauteur de nos attentes. Nous raterons les séries et personne n’est fier de ça. On prend donc les moyens pour tout donner à chaque match afin de pouvoir terminer la saison sur une bonne note en guise de consolation », a lancé le capitaine Mark Giordano.

C’est d’ailleurs le message que martèle Bob Hartley avant chaque match depuis qu’il est clair que les Flames rateront les séries.

« Au point où nous sommes rendus, les résultats ne comptent pas. Chaque soir, je livre le même message aux joueurs. J’exige qu’ils respectent la philosophie de l’équipe. Travail! Travail! Travail! On fait appel à leur fierté. Je dis souvent à mes gars qu’ils peuvent avoir disputé un très fort match même s’ils n’ont pas de point sur la feuille de pointage. Je n’hésite pas non plus à les rappeler à l’ordre quand ils ont des points, mais ont disputé une très mauvaise partie. On bâtit déjà pour la saison prochaine. On veut voir des gars qui se battent. Et c’est ça qu’on a vu ce soir. On a joué un gros match d’équipe. On perd en équipe et on gagne en équipe. N’oubliez pas qu’apprendre à gagner dans la LNH et sans doute ce qui est le plus difficile. On le fait avec nos jeunes qui prennent de plus en plus leur place sur la glace et dans le vestiaire. Mais on a aussi de bons vétérans. Ça n’a pas de prix pour nos jeunes de voir un gars comme Backstrom qui revient de si loin. Un gars qui est arrivé il y a trois semaines et qui fait partie du groupe comme si ça faisait trois ans qu’il était là. C’est bon pour nos jeunes de voir un gars qui s’accroche comme ça et qui veut encore donner au hockey alors que bien des vétérans rendus là croient que c’est le hockey qui leur doit quelque chose », insistait Bob Hartley.

Et c’est sur ce point que les Flames ont fait le plus mal au Canadien dimanche.

Car bien plus que la leçon de hockey, c’est la leçon de fierté qui a frappé fort. Michel Therrien a beau dire que ses joueurs ont tout donné, il était clair que les partisans qui quittaient le Centre Bell par centaines à chaque arrêt de jeu en troisième période ne partageaient pas son avis.

Et ceux qui sont demeurés jusqu’à la fin se sont assurés de le signaler en ovationnant l’annonce de la dernière minute du match et en huant copieusement leurs favoris lorsqu’ils retraitaient au vestiaire après la sirène qui a mis fin au supplice.

Michael McCarron et quelques autres jeunes méritaient d’éviter ce traitement. Car ils ont déployé l’effort nécessaire pour rivaliser avec les Flames. De fait, le grand gaillard méritait pleinement son premier but dans la LNH.

C’est juste dommage pour lui qu’il l’ait marqué dans le cadre d’un match aussi atroce du Canadien. Car non seulement la recrue semblait mal à l’aise de célébrer ce but historique, mais les responsables de l’animation au Centre Bell semblaient tout aussi gênés de pousser la flûte de train à fond et de « crinquer » la toune des Loco Locass pour réveiller les partisans qui ont mis du temps eux aussi avant de sortir de leur torpeur.

Impossible de les blâmer?

Backstrom : premier match en 15 mois

L’absence de Carey Price fait cruellement défaut chez le Canadien. C’est vrai.

Mais ce n’est pas un gardien en lice pour le trophée Vézina qui a repoussé 21 des 22 tirs du Tricolore, c’est un gardien de 38 ans dont personne ne voulait il y a trois semaines à peine.

Directeur général des Flames, Brad Treliving a été obligé d’accepter le contrat de Niklas Backstrom lorsqu’il a obtenu un choix de sixième ronde du Wild en retour de l’attaquant David Jones dans le cadre d’une transaction qui est passée inaperçue le 29 février dernier. De fait, les bilans de la dernière journée des transactions étaient complétés depuis longtemps lorsque, trois heures après le couperet, la LNH a confirmé cette transaction très mineure.

Tournez ça dans le sens que vous voudrez, mais Niklas Backstrom a été imposé aux Flames de la même façon que John Scott a été imposé au Canadien.

Malgré ses 38 ans, malgré les blessures en cascade qui expliquent en partie le fait qu’il n’avait pas disputé un match de hockey depuis 15 mois, Backstrom avait des allures de champion devant le filet des Flames. Il a signé sa première victoire depuis le 13 décembre 2014. Il est même passé à un cheveu de signer son premier jeu blanc depuis le 7 avril 2013.

« Quand je suis allé le voir à son arrivée avec nous, je ne savais pas vraiment à quoi m’attendre. De fait, je croyais qu’il me dirait qu’il avait les hanches finies et qu’il me demanderait d’y aller doucement avec lui », a expliqué Bob Hartley après le match.

C’est tout le contraire qui est arrivé : « Nik m’a dit qu’il était remis de ses blessures et qu’il voulait jouer. Je lui ai dit d’embarquer sur le vélo, de se donner à fond à l’entraînement et que sa chance viendrait. Ce gars-là n’a pas joué depuis plus d’un an. En fait, il ne s’est même pas vraiment entraîné parce qu’il embarquait sur la glace lorsque tous les autres retraitaient au vestiaire. Des deux contre un, des trois contre un, des tirs de la LNH avec de l’action devant le but, il n’en avait pas vu depuis longtemps. Mais il a pris les moyens et il récolte les résultats. Quand je regarde tout ce qu’il a fait depuis qu’il est avec nous, je ne suis pas surpris du tout », a poursuivi le coach des Flames.

Un coach qui a décidé de lui offrir le match contre Montréal en guise d’échauffement avant celui de jeudi alors qu’il reviendra au Minnesota, contre le Wild, avec qui il a connu beaucoup de succès.

« Il aurait été injuste de le sortir au Minnesota comme ça. Il méritait un match avant et l’occasion était belle contre le Canadien. Tu as vu ce soir à quel point les gars voulaient l’aider. Ils ont été témoins de ses efforts des dernières semaines. Ils voulaient lui donner un coussin et ils ont pris les moyens pour le lui offrir », a convenu Bob Hartley.

« On voulait gagner pour lui », a d’ailleurs admis Sean Monahan, première étoile du match avec une solide performance auréolée de deux buts et une passe.

Même Mark Giordano a contribué aux succès de son gardien en dirigeant vers lui un tir du revers involontaire en période médiane. Un tir qui représentait alors la meilleure occasion de marquer du Canadien dans le match.

« Je me suis fait prendre par un bon capricieux de la rondelle. Je savais que j’étais pressé et je visais le coin de la patinoire. Disons que j’ai vraiment raté mon coup. Une chance qu’il était prêt », a lancé le capitaine des Flames qui est allé s’excuser après l’arrêt de jeu.

Bon prince, Niklas Backstrom a tourné la chose en blague. « Ce n’était pas un jeu facile. Peut-être voulait-il s’assurer d’obtenir un tir au but », a ironisé le gardien des Flames.

Remarquez que Niklas Backstrom revient de tellement loin qu’il n’allait pas s’en faire avec un jeu aussi cocasse. Surtout dans la cadre de sa 195e victoire en carrière, une victoire que ses coéquipiers ont soulignée en lui remettant la rondelle du match.

Quand on lui a demandé s’il se souvenait d’avoir effectué un arrêt aussi solide aux dépens d’un coéquipier, Backstrom a plongé dans ses souvenirs avant de répondre. « Je ne me rappelle plus de mon dernier match tellement ça fait longtemps. J’ai traversé un long passage à vide. Je suis simplement content de voir que ma patience et mes efforts ont été récompensés », a conclu le gardien de 38 ans.

Après une escale à Toronto mardi, il sera intéressant de voir si les Flames feront le même genre de cadeau à Backstrom jeudi au Minnesota.

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