Parce que le score était 2-2, parce qu’il ne restait que 150 secondes à jouer en troisième période et que son équipe avait cruellement besoin d’au moins un point avant de quitter Denver, P.K. Subban devait adopter une stratégie bien plus simple.
Il devait envoyer la rondelle dans le fond du territoire de l’Avalanche. C’est évident. Vrai qu’une telle stratégie aurait miné les chances de marquer du Canadien. Mais elle aurait maximisé ses chances de propulser la rencontre en prolongation et d’ainsi sauver un point.
Un défenseur ordinaire aurait joué le livre. Il aurait joué de prudence.
Mais voilà! P.K. n’est pas un joueur ordinaire. Il a plus de talent que la somme du talent de tous ses coéquipiers défenseurs chez le Canadien. Parce qu’il a ce talent, parce qu’il sait qu’il peut réaliser des jeux que d’autres osent à peine imaginer, P.K. a pris un risque. Et si ce risque avait conduit au but gagnant, Subban aurait été porté en triomphe par les fans du Canadien, à défaut de l’être par ses coéquipiers, ou du moins quelques-uns, qui commencent à en avoir plein le bas du dos avec ses coups d’éclat. Qu’ils soient positifs ou non...
Mais voilà! Le risque n’a pas payé. Au contraire. Surpris par Mikhail Grigorenko qui lui a fait perdre la rondelle en jouant habilement du bâton contre lui – Subban a convenu qu’il n’y avait pas matière à pénalité sur le jeu – P.K. a perdu la rondelle et quelques secondes plus tard, il a perdu l’équilibre.
Pendant que Subban glissait sur le derrière vers la bande, Grigorenko a amorcé une contre-attaque. Et oui, à l’autre bout, Jarome Iginla a marqué et l’Avalanche a pris les devants 3-2. Juste comme ça, le Canadien qui avait beaucoup mieux joué que l’Avalanche, le Canadien qui méritait les deux points bien davantage que le club de Patrick Roy, s’est retrouvé avec une défaite en temps réglementaire. Une autre. Une troisième de suite depuis le début du voyage amorcé à Buffalo et qui s’est poursuivi en Arizona.
Une 11e (4-10-1) lors des 15 dernières parties.
Une 24e (8-23-1) lors des 32 derniers matchs.
P.K. a gaffé sur le jeu. C’est clair. Michel Therrien a parlé d’un jeu individualiste quand on lui a demandé de commenter la bévue de Subban sur le but gagnant. « Pour gagner, on doit jouer en équipe », a ajouté l’entraîneur-chef du Canadien.
« Une erreur nous coûte le but gagnant... encore une fois », a ajouté Lars Eller.
Subban a assumé sa part de responsabilité. Il a toutefois imputé la perte de la rondelle au fait qu’il avait perdu l’équilibre en raison d’une lame de patin capricieuse. Ce qui n’est pas tout à fait vrai, car la séquence démontre clairement qu’il est tombé quelques secondes après l’intervention de Grigorenko.
Confiné au banc
Oui P.K. est le grand responsable du but qui a guidé le Canadien vers cette 27e défaite de l’année. Mais il n’est pas le seul coupable. Max Pacioretty a complètement loupé sa couverture défensive en oubliant Iginla devant Ben Scrivens. Les autres joueurs du Tricolore ont aussi semblé débordés.
Condamné par plusieurs, défendu par d’autres, P.K. Subban était, deux longues heures après la défaite, le nom le plus populaire, et de loin, sur les réseaux sociaux à Montréal, au Québec, au Canada.
Mérite-t-il les blâmes associés à sa décision de prendre un grand risque qui a coûté très cher?
Bien sûr!
Et c’est pour cette raison que l’entraîneur-chef Michel Therrien l’a confiné au banc après ce but. Il l’a même gardé loin de l’action après que Ben Scrivens eut été remplacé par un sixième patineur.
Je comprends que Michel Therrien était en « Simonac! » après son défenseur étoile. Je le comprends très bien. Je comprends aussi qu’il a décidé de profiter de cette occasion pour sévir contre lui. Je respecte même cette décision. Mais en même temps, est-ce que le Canadien avait plus de chance de faire oublier cette gaffe de P.K. avec Subban sur la glace ou confiné au banc?
P.K. aurait pu lui-même racheter cette erreur. On en conviendra tous. D’où ma surprise de le voir confiné au banc. Mais en même temps, peut-on vraiment en vouloir au coach d’avoir perdu patience?
Il n’y a pas de bonnes ou de mauvaises réponses à ces questions. Du moins, c’est mon avis.
L’effort était là
Au-delà la gaffe de P.K., le Canadien a été bien meilleur mercredi à Denver qu’il ne l’avait été lundi en Arizona. On conviendra tous qu’il était impossible d’être plus mauvais que lundi.
Pour Michel Therrien cette sortie réussie lui offre un brin de répit. Car si ses joueurs s’étaient écrasés deux matchs de suite comme ils l’ont fait en Arizona, il est clair que le directeur Marc Bergevin aurait dû commencer à mettre en doute la garantie offerte à son coach d’au moins compléter l’année.
Muté entre Max Pacioretty et Sven Andrighetto, Lars Eller a connu un bon match. Peut-être être meilleur au sein de ce trio que David Desharnais qui s’est blessé au pied lors du match contre les Coyotes? Peut-il générer plus d’attaque? Peut-il sortir Max Pacioretty de sa torpeur?
Eller a marqué. C’est ça de gagné. Mais il faudra quelques matchs – et je parle ici d’au moins cinq à dix – avant d’avoir une bonne idée.
Mais si je suis bien heureux pour Eller d’obtenir pareille occasion – je ne crois pas qu’il ait les aptitudes offensives pour relever ce défi à long terme, mais peut-être me fera-t-il mentir – je ne comprends pas que Galchenyuk ait été gardé à l’aile malgré la perte de Desharnais.
Cette décision me laisse croire que le Canadien a pris sa décision dans le dossier Galchenyuk et que c’est à l’aile et non au centre qu’il poursuivra sa carrière à Montréal.
Outre le trio d’Eller, les trois autres ont bien joué. Ou relativement bien joué. Jacob De La Rose s’est bien comporté. J’ai bien aimé une fois encore l’implication et la rapidité de Lucas Lessio.
Mais on va s’entendre pour dire qu’au-delà les performances honnêtes des joueurs du Canadien mercredi à Denver, on est en droit de s’attendre à beaucoup plus des leaders de l’équipe pour redevenir un club gagnant. Un club des séries.
Les duos de défenseurs ont bien fait eux aussi. Il est surprenant toutefois de voir que Markov (24:48) et Gilbert (24:42) ont joué davantage que P.K. Subban (22:19) qui a à peine devancé Nathan Beaulieu (22:01).
Ben Scrivens? Il a été fidèle à lui-même alors qu’il s’est retrouvé tantôt sur le derrière, tantôt très loin de son but en raison de déplacements approximatifs et d’une technique disons pas très orthodoxe. Aussi brouillon soit-il devant sa cage, Scrivens n’a pas coûté le match au Canadien. Mais il ne l’a pas volé non plus...
Contre un club qui a aussi mal joué que l’Avalanche l’a fait mercredi au Pepsi Center et surtout derrière une équipe qui lui a donné une bonne performance, Scrivens se devait d’être meilleur qu’il ne l’a été.
Cela dit, il est permis de se demander s’il peut vraiment être meilleur.
Si on considère qu’il faudra 95 points pour atteindre les séries, le Canadien devra récolter 37 points sur les 48 encore disponibles. Ça veut dire que le Tricolore ne peut se permettre de perdre six fois en temps réglementaire lors de ses 24 dernières parties.
C’est encore possible, mais vous pouvez ajouter mon nom à la liste déjà longue de ceux qui ne croient plus aux séries et qui se sont tournés vers la loterie Auston Matthews.