mercredi 9 novembre 2016

Il y a des leçons à retenir

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Michel Therrien
Michel Therrien et ses joueurs (Source d'image:Getty)

À la suite de cet autre vol réussi aux dépens des Bruins de Boston, j’espère que Michel Therrien ne s’attaquera pas à ceux qui prêchent les bonnes et les mauvaises nouvelles. J’espère qu’il laissera les 12 apôtres et Judas Iscariot là où ils se situent dans l’histoire, c’est-à-dire le plus loin possible des patinoires de la Ligue nationale.
L’entraîneur est heureux, soulagé et pas du tout préoccupé. C’est correct. Les membres des médias ne partagent pas tous sont positivisme, mais ce n’est pas grave. Le Canadien continue d’ajouter à sa feuille de route qui, disons-le, frôle la perfection au niveau du classement. Sur le plan de l’exécution, c’est autre chose. Pour continuer à gagner, des choses devront changer. Pour tout le reste, il y a Carey Price.

Les Bruins avaient joué la veille. Ils étaient arrivés en ville au début de la nuit. C’est un adversaire qui n’a pas la profondeur du Canadien. Pourtant, l’équipe a été débordée et sauvée encore une fois par son gardien. Bref, sa première place au classement général ne nous dit pas exactement ce que le Canadien représente comme puissance dans la ligue.
Du talent, le CH en possède, même s’il s’exprime en dents de scie. Max Pacioretty, qui est payé strictement pour marquer des buts, n’en a obtenu qu’un seul à ses neuf dernières parties. Quatre autres attaquants, dont la production est jugée indispensable aux succès de l’équipe, connaissent des difficultés. David Desharnais (0 but en 9), Andrew Shaw (0 en 11), Brendan Gallagher (0 en 6) et Alexander Radulov (1 en 6) sont les autres, même si on ne peut sûrement pas reprocher un manque d’effort à Gallagher et Radulov. Ces cinq attaquants ont néanmoins marqué l’équivalent de deux buts en 41 matchs. Pendant combien de temps Price pourra-t-il tenir le coup dans ces conditions?
On peut nous répéter qu’il n’y a pas lieu d’insister sur les carences d’une formation qui étonne dans les circonstances. Par contre, le Canadien n’a guère été impressionnant dans les deux victoires qui ont suivi l’hécatombe de Columbus. Quand une équipe se fait royalement planter 10-0, l’effort des joueurs et leur préparation générale peuvent certainement être qualifiés d’embarrassants. Même si la prestation des deux dernières parties a été plus solide, ce sont deux matchs qu’elle a failli échapper.
S’il faut tirer tirer un élément positif, un seul, du désastre de Columbus, c’est que cette défaite nous en a peut-être dit un peu plus sur la vraie valeur de l’équipe. On peut comprendre Therrien de ne pas être inquiet quand il jette un coup d’oeil au classement, mais il ne faut pas s’attendre à ce que cet entraîneur, qui a tendance à jouer avec les mots et à trafiquer la vérité dans ses points de presse, nous en dise beaucoup sur son degré d’inquiétude.
Avant que le Canadien se fasse rosser par les Blue Jackets, l’équipe avait connu plusieurs soirées encourageantes, mais les données, on le sait tous, avaient été partiellement faussées par les prouesses de ses gardiens de but.
Je reviens là-dessus parce que dans un sens, c’est plutôt positif ce qui s’est passé à Columbus. On regardait filer l’équipe à un train d’enfer et c’était assez facile pour ses chauds partisans d’avoir déjà la tête à un printemps glorieux. Ils ont été ramenés sur terre.
Les facteurs positifs ne manquaient pas. Price pouvait dorénavant compter sur un adjoint qualifié et expérimenté. Quand il a été frappé par un virus, Al Montoya, a été nettement à la hauteur. Il n’a pas volé de matchs, mais on a eu la conviction que Marc Bergevin avait réglé un problème majeur à cette position.
Le style émotif et coriace d’Alexander Radulov nous a rassurés sur la promesse qu’il avait faite de s’imposer à son retour en Amérique. Shea Weber a rapidement fait taire les critiques au sujet de la transaction controversée de l’été. Grâce aussi à l’ajout d’un guerrier comme Andrew Shaw et à l’arrivée d’une recrue, Arthur Lehkonen, qui semble à sa place chez les professionnels, on imaginait mal comment le Canadien pouvait connaître de longues périodes léthargiques cette saison. Encore moins une humiliation comme celle-là.
Pour calmer ceux qui n’ont pas encore digéré cette défaite par un score de football, le statisticien Roger Leblond nous a appris que le Canadien a été victime d’une dégelée de 11 buts en 1986 et d’une soirée de 10 buts en 1993, mais que cela ne l’a pas empêché de gagner la coupe Stanley aux deux occasions.
Le cas Montoya
Tout le monde a offert son interprétation du rôle ingrat qu’on a fait jouer à Montoya à Columbus. Durant les absences de Price, il avait contribué à bien faire paraître ses coéquipiers. Face aux Blue Jackets, en l’abandonnant à lui-même, ils l’ont fait passer pour un gardien des ligues mineures. Certes, il n’a pas connu sa meilleure soirée, mais il y avait plusieurs poules pas de têtes devant son filet ce soir-là, attaquants comme défenseurs.
On n’a pensé qu’à une chose: garder Price en banque pour le lendemain contre les Flyers. La belle affaire. Comme si Price, à 29 ans et en pleine possession de ses moyens, aurait couru un risque important en prenant la relève après deux périodes catastrophiques de son équipe.
C’est facile de prétendre que cela n’aurait rien changé au résultat si Price avait fait son entrée après les huit premiers buts des Blue Jackets. C’est même une évidence. Par contre, il aurait pu au moins stopper l’hémorragie.
On nous répète souvent à quel point cette équipe est solidement soudée. On insiste sur le fait qu’on met tout en oeuvre pour bâtir  un esprit d’équipe à toute épreuve cette saison. Or, quand on cherche à créer le parfait modèle de «tous pour un et un pour tous», il faut que cela s’applique à tout le monde, le joueur vedette comme le réserviste. Par respect pour Montoya, qui a été et qui sera un élément important cette saison, on aurait pu le sortir de là avant la fin de la tempête. On appelle cela respecter un coéquipier qui va à la guerre avec tous les autres.
Je vous le demande, qu’est-ce qui empêche Price de disputer deux parties en deux soirs quand la situation l’exige? Il est jeune et il est fort physiquement. À six pieds, trois pouces et 215 livres, c’est un colosse. On ne parle pas ici d’un athlète chétif qui a fréquemment besoin de repos.
Martin Brodeur a connu 12 saisons de 70 matchs, dont cinq de 75. Est-ce que l’utilisation à outrance de ses services l’a empêché de remporter un trophée Calder, quatre trophées Vézina et trois coupes Stanley?
Patrick Roy a participé à combien de matchs consécutifs sous une tonne de pression en séries? Il les a presque tous joués, comme l’indique ses deux records de 247 parties et de 151 victoires qui ne seront probablement jamais abaissés. Il a même connu une séquence 137 matchs consécutifs dans les séries. Est-ce que cela a nui à ses chances de remporter quatre coupes Stanley et trois trophées Conn Smythe (un autre record)?
Ken Dryden, qui a remporté six coupes Stanley en huit ans, a été remplacé une seule fois durant les séries.
Quand Henrik Lundqvist parvient à éviter les blessures, il ne joue jamais moins de 60 matchs par saison. Il en a disputé quatre de 70 parties et plus jusqu’ici. Habituellement, les gardiens d’une classe supérieure ne se préoccupe pas trop de leur temps de jeu. Price, qui était prêt à se porter à la rescousse de Montoya à Columbus, est de cette trempe.
Therrien a raison quand il affirme qu’il n’y avait de situation gagnante pour personne à Columbus. Ce qui ne veut pas dire que sa décision a été la bonne.
Il a peut-être appris quelque chose de cette mésaventure, qui sait? Souhaitons que les joueurs aient pris bonne note que dans la Ligue nationale d’aujourd’hui, pas un seul match ne peut être considéré comme une simple formalité. En les observant sur la glace ce soir-là, c’est l’impression qu’ils nous ont laissée.