lundi 16 mai 2016

Fleury patiente et sourit malgré tout

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Marc-André Fleury
Marc-André Fleury 
FRANÇOIS GAGNON
DIMANCHE, 15 MAI 2016. 12:52

Lorsque Jonathan Drouin a donné les devants 3-0 au Ligthning de Tampa Bay en fin de période médiane vendredi, à Pittsburgh, l’idée de voir Marc-André Fleury sauter dans la mêlée pour amorcer le dernier tiers a vite fait le tour du Consol Energy Center, de la planète hockey au grand complet.
Matt Murray n’avait rien à se reprocher sur le but de Drouin. Pas plus que sur les deux premiers du Lightning d’ailleurs. Et avec les prouesses qu’il a multipliées en fin de saison régulière et depuis le début des séries, il mérite de bénéficier de la patience de son coach un brin ou deux. Peut-être même trois.
Là n’est pas la question.
Parce que les Penguins disputaient un match ordinaire, parce qu’ils offraient une performance nettement en deçà de ce qui est requis pour battre Tampa Bay et passer en finale de la coupe Stanley, un appel à l’aide en direction de Fleury aurait pu fouetter l’équipe.
Après tout : c’est lui le gardien numéro un des Penguins. Du moins pour l’instant. C’est lui qui a gardé le club à flot en début de saison alors que Sidney Crosby et le reste des canons de l’équipe tiraient à blanc. C’est lui qui a gagné la coupe Stanley en 2009 aux dépens des Red Wings de Detroit contre qui il avait perdu l’année précédente en grande finale.

Marc-André Fleury présente un dossier de 21-6-3 à ses 30 derniers départs. Il a gagné 14 de ses 18 derniers départs (14-3-1) au Consol Energy Center. Il a atteint le plateau des 35 victoires pour une septième fois en carrière cette année. Seul Martin Brodeur (12) a fait mieux dans l’histoire. C’est aussi Fleury qui domine la LNH avec la signature de pas moins de 20 jeux blancs depuis le début de la saison 2013. Cinq de plus que Ben Bishop au cours de la même période.
Parlant de Bishop, il semble peu probable qu’il puisse être devant le filet du Lightning lundi lors de la deuxième rencontre. Bien qu’il assure que les nouvelles sont bien meilleures que les images de la chute effectuée par son gardien, des grimaces de douleurs qu’il a effectuées pendant qu’il était étendu sur la glace et de sa sortie sur une civière le laissaient croire vendredi, l’entraîneur-chef Jon Cooper a refusé de dévoiler quoi que ce soit quant à l’état de santé de Bishop et de ses chances de jouer lundi, voire plus tard en séries.
Andreï Vasilevskiy, qui a repoussé 25 des 26 tirs des Penguins – Patrick Hornqvist l’a déjoué dans les derniers instants de la rencontre –, pourrait donc amorcer la prochaine rencontre.
Mais revenons à Fleury.
Lorsque les Penguins ont quitté le vestiaire au terme du deuxième entracte vendredi, c’est Matt Murray qui a guidé ses coéquipiers vers la patinoire pour amorcer la troisième période, prolongeant un peu plus le séjour de Fleury dans son rôle d’adjoint. Un rôle avec lequel le principal intéressé compose tant bien que mal.
Vendredi matin, après avoir effectué du temps supplémentaire sur la patinoire, Marc-André Fleury délassait ses patins avec vigueur.
Non! Il n’était pas fâché. De fait, je ne crois pas que ce soit dans sa nature d’être fâché après un coéquipier. Surtout un gardien qui connaît autant de succès que son jeune coéquipier en connaît. Mais il était clair que derrière les sourires qu’il esquissait en faisant contre mauvaise fortune bon cœur, Marc-André Fleury bouillait d’impatience.
«Je n’ai pas vraiment le choix. Je garde la forme, je reste dans la "game", car on ne sait jamais quand je recevrai l’appel. C’est sûr que je trouve ça difficile. Que c’est long un peu. Mais en même temps, je comprends très bien ce qui se passe. Matt est un très bon gardien. C’est un très bon gars. Je l’ai connu au fil des derniers camps d’entraînement. Mais j’ai hâte aussi », a expliqué Marc-André après qu’il eut retiré son équipement.
Commotions cérébrales
On comprend très bien Fleury d’avoir hâte. On le comprendrait même d’être en colère. De réclamer bien plus qu’il ne le fait sa place devant le filet au lieu d’agir en très bon coéquipier comme il le fait présentement.
Car si ce n’était de la commotion cérébrale qui l’a contraint à rater les cinq derniers matchs de la saison régulière et qui l’a confiné au repos jusqu’au troisième match de la série opposant ses Penguins aux Capitals de Washington en deuxième ronde alors qu’il est revenu sur le banc, c’est lui qui serait devant le filet.
Mais parce que Matt Murray offre des performances phénoménales, Mike Sullivan et l’équipe d’entraîneurs des Penguins seraient fous de se passer de ses services. Du moins pour le moment.
Est-ce que Fleury amorcera la deuxième rencontre?
Je ne crois pas que cette décision serait justifiée. Mais avec un gardien de la trempe de Fleury sur le banc, Mike Sullivan devra réagir rapidement au moindre signe de vulnérabilité de son jeune gardien. Et si les Penguins glissent 0-2, peu importe que Murray soit responsable en partie ou non du deuxième revers, il me semble qu’un changement s’imposerait alors d’amblée.
Parce qu’il est de retour sur la glace lors des entraînements et sur le banc lors des matchs, Marc-André Fleury est remis de sa dernière commotion. Mais il reconnaît que les contrecoups de ces blessures sont fatigants. « Je ne sais pas vraiment si ma dernière commotion est associée à une rondelle reçue sur mon masque ou à un ensemble de facteurs. Ce que je sais, c’est qu’il est difficile de vraiment comprendre ce qui arrive et d’interpréter les changements qu’on vit tous les jours jusqu’à ce qu’on soit guéri. Mais avec ce qu’a vécu Sidney (Crosby) j’ai une bonne personne avec qui en parler. »
Bientôt chassé de Pittsburgh?
Le « duel » Fleury-Murray qui se déroule en ce moment de prendra pas fin avec l’élimination des Penguins ou les célébrations qui entoureront leur quatrième conquête de la coupe Stanley. Ce duel se prolongera tant que la haute direction n’aura pas décidé si le temps est venu d’échanger Marc-André Fleury pour donner le filet à son jeune adjoint.
Cette décision pourrait venir dans le cadre d’un éventuel repêchage d’expansion alors qu’on comprendrait très bien les Penguins de protéger le plus jeune au détriment du plus expérimenté.
Rien ne presse que vous direz. Et c’est vrai!
Mais cette décision pourrait aussi être précipitée si une équipe en mal d’un très solide gardien d’expérience ne frappait pas à la porte de Jim Rutherford en lui offrant un jeune de qualité ou des prospects intéressants en retour d’un haut salarié – Fleury touchera 5,75 millions $ jusqu’à la fin de la saison 2018-2019. Bon! Encore faudrait-il que le nom de cette équipe ne soit pas sur la liste des 12 clubs au sein desquels Fleury ne veut pas se retrouver. Mais la crainte de voir son poste de numéro un lui filer entre les doigts à Pittsburgh pourrait inciter Fleury à raccourcir cette liste de villes vers lesquelles il ne veut pas mettre le cap.
On verra.
Mais l’idée de voir « Flower » dans un autre uniforme que celui des Penguins qui en ont fait la toute première sélection de la cuvée 2003 – Fleury a malgré tout encore des airs de gamin malgré ses 31 ans – est difficile à accepter. Car Fleury est associé aux Penguins autant que le sont ses coéquipiers et amis Sidney Crosby et Kristopher Letang.
Le Sorelois est même solidement implanté dans la collectivité. Vendredi soir, lors d’un temps d’arrêt imposé par les diffuseurs, on a vu Marc-André Fleury apparaître à l’écran géant. Il tenait dans ses bras sa deuxième petite fille. Un poupon de quelques mois à peine. Bien installé dans une chaise avec sa fillette, le fier papa se préparant à donner le boire sous l’œil de sa compagne a alors brandi une bouteille comme celles qu’il vide plusieurs fois par match devant son filet. Pendant que les fans des Penguins pouffaient de rire, la bande-annonce les invitait à se rendre dans au centre hospitalier associé aux Penguins pour toute question médicale...
Si ce genre de publicité confirme la popularité d’un gars comme Fleury à Pittsburgh, ça ne l’assure toutefois pas d’être à l’abri d’une éventuelle transaction.